LES PÉNITENTS ET FRÈRES DE CHARITÉ

L'histoire des pénitents.

Dès le treizième siècle, naquirent de telles association. On pense généralement que saint François d'Assise fut le fondateur de ces confréries régulières, quand il institua, vers 1220, son tiers ordre pour les fidèles vivant dans le siècle. Saint Bonaventure, son disciple, dressa les statuts de deux des plus anciennes compagnies, celle de Notre-Dame du Gonfalon de Rome (1264) et des Pénitents blancs de Lyon.

Mais Avignon, cité des papes, se vante d'avoir eu, la première en France, des frères de charité qui s'assemblaient dans la chapelle de Sainte-Croix-Hors-les-Murs, dès 1226, après une procession solennelle à laquelle assistaient Louis VIII, le légat du pape, les chefs des croisés et de nombreux prélats. Il importait de faire amende honorable au Saint Sacrement et de réparer les sacrilèges des Albigeois. Ce fut Pierre de Corbie qui établi les statuts de l'association. Les confrères prirent d'abord l'appellation de "disciples de Louis VIII", puis de "Pénitents gris battus de la croix ou disciplines", à cause de la flagellation qu'ils s'infligeaient, chaque vendredi, en récitant les psaumes de la pénitence.

Montpellier, Grenoble, Le Puy, Marseille, eurent, avant 1582, leurs confréries. Henri III, à son retour de Pologne, fut tellement ému par les exercices pieux des pénitents d'Avignon, qu'il voulut, lors de son passage à Lyon, se mêler aux compagnies de cette ville. Et se faisant suivre, à Paris, de Maurice du Peyrat, dignitaire des pénitents de Lyon, il lui confia le soin d'organiser une congrégation de frères de charité dits "de l'Association de Notre-Dame" (1582). Le cardinal de Bourbon eut la charge de recteur.

Pénitents blancs.

Les confrères portaient un sac blanc "allant jusque sur les pieds, assez large, avec deux manches non trop justes et un capuchon sur la cousture du collet par le derrière, assez pointu par en haut et par devant, allant en pointe jusque à demy pied au dessous de la ceinture, n'y ayant que deux trous pour regarder à l'endroict des yeux. La robre devait être de grosse toile de Hollande." Les comptes du roi mentionnent que l'on acheta pour deux cents costumes nécessaires, deux mille aunes de serge d'escot. Ces pénitents de la compagnie royale étaient ceints "d'une cordelière de filet blanc, avec plusieurs noeuds et pendant jusques au dessous des genoux" ; un chapelet et une discipline y étaient attachés. A la hauteur de l'épaule gauche brillait un écusson rond de "veloux tanné cannelé" avec croix de taffetas blanc.

Un contemporain a laissé le récit de leur première procession, le vendredi 25 mars 1583, jour de l'Annonciation et fête patronale de la confrérie. Les nouveaux pénitents se rendirent à leur oratoire du couvent des Augustins ; ils avançaient deux à deux sous la pluie qui ne leur faisait point presser le pas. Le roy était du cortège "sans garde ni différence soit d'habit, de place ou d'ordre. Les chantres vestus de même habit et marchant en trois distinctes compagnies, chantèrent mélodieusement la litanie en faux bourdon. Arrivés à l'église Notre-Dame, ils entonnèrent tous à genoux le Salve Régina en très harmonieuse musique, et ne les empescha la grosse pluie, de faire et achever avec leurs sacs percés et mouillés, leurs cérémonies encommencées."

Pénitents noirs.

L'exemple était bon, en dépit des sottes railleries, à une époque où la foi subissait des assauts effrénés. Les compagnies se multiplièrent. La sainte ardeur de charité gagna tout le pays.

Limoges eut des pénitents noirs vers la fin du XVIème siècle. Leur fondateur étaient Bardon de Brun. Ils s'assemblaient le premier vendredi de chaque mois afin d'ouïr le sermon d'un docte prédicateur. Ils fuyaient comme peste : hôtelleries, cabarets, danses, jeux, masques et comédie. Ils s'engageait à se réconcilier avec leurs ennemis. Leur costume était fait d'un sac de toile attaché à la ceinture par une lanière de cuir d'où pendait un chapelet "sans pompe, ni superfluités". Ils avaient la tête couverte d'un chapeau pointu, en forme de cornet, d'où tombait un voile percé de deux trous à la hauteur des yeux.

Pénitents bleus, gris, feuille morte.

Peu de temps après naquit une compagnie de pénitents bleus. Ceux de Toulouse avaient le titre de compagnie royale et de précieux privilèges. En 1621, Louis XIII se fit inscrire parmi ses membres, et , en 1777, Monsieur, frère du roi.

A Limoges, apparurent de nouvelles compagnies de pénitents blancs de saint Jean-Baptiste qui marchaient pieds nus et ne se chaussaient qu'aux obsèques de leur confrère ; de pénitents gris (1611) ; de pénitents feuille morte, composée d'un bourgeois Jean Lemoine et de huit prêtres ; de pénitents pourpres de la Charité sous le vocable de Jésus pâtissant.

Pénitents rouges.

Ces derniers pénitents obtinrent la permission d'entrer "deux à deux, successivement, revestu de leur sacs, dans le lieu où seraient les condamnés à mort pour les consoler et les fortifier contre l'effroy qu'elle leur peut inspirer, de les prendre processionnellement à la porte du palais, les conduire et les accompagner jusque au lieu destiné au supplice, et là, après les avoir vus expirer dans les tournants, prendre leurs corps, si autrement n'en est ordonné, pour les inhumer en terre sainte dans un endroit qui serait marqué pour cet effet". Pendant l'exécution, ils suppliaient le Très-Haut d'arracher le patient au pouvoir du démon, de le délivrer de toute haine, désespérance, honte, trouble et de lui accorder résignation, courage, repentir et salut.

Le corps, détaché du gibet ou de la roue, était mis dans la bière par des confrères qui avaient acquis aux enchères le droit de remplir cet office. En la fête des morts, ils s'assemblaient pour prier et recommander à Dieu l'âme des suppliciés. Beaucoup, par un sentiment d'humilité sublime, voulaient que leur dépouille mortelle reposât près de la sépulture des criminels. Forte leçon qu'ils donnaient ainsi au monde le la vanité !

Les Pénitents de nos jours.

En 2005, il reste peu de confréries en France :

Haute Loire :

- SAUGUES procession le Vendredi Saint.
- Confrérie des Pénitents Blancs de SAINTE-SIGOLENE. Procession du Vendredi Saint.
- LE PUY EN VELAY : L'Ostension se déroule dans les rues de la Haute-Ville le Jeudi Saint.

Vaucluse :

-Valréas : Confrérie des Pénitents blancs et des Pénitents noirs

Alpes Maritimes :

Nice : Pénitents rouges.

 

Bibliographie :
Almanach Catholique Français pour 1921

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