LIVRE DE LA NAISSANCE DE LA BIENHEUREUSE MARIE ET DE L'ENFANCE DU SAUVEUR

(Évangile du Pseudo-Matthieu).

 CHAPITRE I

La naissance de la Vierge Marie
Murillo - Le Louvre Paris

1. En ce temps-là, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Joachim de la tribu de Juda. Et il faisait paître ses brebis, craignant Dieu dans la simplicité et la bonté de son coeur.
Il n'avait d'autre souci que celui de ses troupeaux dont il employait le produit à nourrir tous ceux qui craignent Dieu ; il offrait des présents doubles à ceux qui travaillaient dans la doctrine et dans la crainte de Dieu, et de simples à ceux qui étaient chargés de leur soin.

Ainsi donc des agneaux, des brebis, de la laine et de tout ce qu'il possédait, il faisait trois parts ; il en donnait une aux veuves, aux orphelins, aux étrangers et aux pauvres ; une seconde à ceux qui étaient voués au service de Dieu ; quant à la troisième, il se la réservait pour lui et pour toute sa maison.

2. Or tandis qu'il agissait ainsi, Dieu multipliait ses troupeaux, au point qu'il n'y avait personne d'égal à lui dans le peuple d'Israël. Il avait commencé lors de sa quinzième année. A l'âge de vingt ans, il prit pour femme Anne, fille d'Isachar de sa tribu, c'est-à-dire de la race de David. Et après qu'il eut demeuré vingt ans avec elle, il n'en avait eu ni fils ni filles.
CHAPITRE II
1. Or il arriva que, lors des jours de fête, parmi ceux qui offraient de l'encens au Seigneur, se trouvait Joachim présentant ses offrandes en présence de Dieu. Et, s'approchant de lui, un scribe du temple, nommé Ruban, lui dit : " Tu ne peux pas te trouver parmi ceux qui font des sacrifice à Dieu, parce que Dieu ne t'a pas béni au point de t'accorder une postérité en Israël ". Plein de confusion sous les regards du peuple, Joachim quitta en pleurant le temple du Seigneur, et il ne retourna pas dans sa maison, mais il s'en alla vers ses troupeaux et il emmena avec lui ses bergers dans les montagnes en un pays éloigné, si bien que pendant cinq mois Anne sa femme n'en eut aucune nouvelle.

2. Et elle pleurait en disant : " Seigneur, Dieu très puissant d'Israël, après m'avoir refusé des fils pourquoi m'as-tu encore enlevé mon époux? Voici en effet que cinq mois se sont passés et que je ne vois pas mon époux. Et je ne sais s'il est mort pour pouvoir du moins lui donner la sépulture ". Tandis qu'elle pleurait abondamment dans le jardin de sa maison, levant dans sa prière les yeux vers le Seigneur, elle vit un nid de passereaux dans un laurier, et, entrecoupant ses paroles de gémissements, elle s'adressa au Seigneur en disant : " Seigneur, Dieu tout-puissant, toi qui as donné de la postérité à toutes les armatures, aux fauves, aux bêtes de somme, aux serpents, aux poissons, aux oiseaux, et qui as fait que toutes se réjouissent de leur progéniture, tu me refuses donc à moi seule ces faveurs de ta bonté? Tu sais, Seigneur, que dès le commencement de mon mariage, j'ai fait voeu que si tu me donnais un fils ou une fille je te l'offrirais dans ton temple saint ".

3. Et tandis qu'elle disait cela, tout à coup apparut devant elle un ange du Seigneur, disant : " Ne crains point, Anne, parce qu'un rejeton issu de toi est dans le dessein de Dieu ; et l'enfant qui battra de toi sera un objet d'admiration à tous les siècles jusqu'à la fin ". Et après avoir prononcé ces paroles, il disparut de devant ses yeux. Or celle-ci, tremblante et épouvantée d'avoir eu une pareille vision et d'avoir entendu un pareil discours, entra dans sa chambre et se jeta sur son lit comme morte et durant tout le jour et toute la nuit, elle demeura en prière et dans une grande frayeur.

4. Ensuite elle appela à elle sa servante et lui dit : " Tu me vois désolé de mon veuvage et plongée dans la détresse, et tu n'as même pas voulu venir vers moi? " Et celle-ci lui répondit en murmurant : " Si Dieu a fermé tes entrailles et s'il a éloigné de toi ton époux, que puis-je faire pour toi? " Et en entendant ces paroles, Anne pleurait davantage.

CHAPITRE III

1. En ce même temps un jeune homme apparut dans les montagnes où Joachim faisait battre ses troupeaux, et lui dit : " Pourquoi ne retournes-tu plus auprès de ta femme? " Et Joachim répondit : " Pendant vingt ans je l'ai eue pour compagne ; mais maintenant, parce que Dieu n'a pas voulu que j'eusse d'elle des enfants, j'ai été chassé du temple de Dieu avec ignominie ; pourquoi retournerais-je auprès d'elle, après avoir été une fois repoussé et dédaigné ? Je resterai donc ici avec mes brebis, aussi longtemps que Dieu voudra bien m'accorder la lumière de ce monde ; cependant, par l'intermédiaire de mes serviteurs, je rendrai volontiers leur part aux pauvres, aux veuves, aux orphelins et aux ministres de Dieu ".

2. Et lorsqu'il eut dit ces paroles, le jeune homme lui répondit : " Je suis un ange de Dieu ; j'ai apparu aujourd'hui à ta femme qui pleurait et qui priait, et je l'ai consolée ; sache qu'elle a conçu de toi une fille. Celle-ci demeurera dans le temple de Dieu, et le Saint-Esprit reposera en elle ; et son bonheur sera plus grand que celui de toutes les saintes femmes, de sorte que nul ne pourra dire qu'il y eut une telle femme avant elle, mais jamais après elle non plus il n'en viendra de semblable à elle en ce monde. Descends donc des montagnes et retourne auprès de ta femme, et tu la trouveras ayant conçu dans ses entrailles ; car Dieu a suscité en elle une progéniture, aussi dois-tu lui en rendre grâce, et cette progéniture sera bénie, et Anne elle-même sera bénie et sera établie mère d'une bénédiction éternelle ".

3. Et Joachim l'adorant lui dit : " Si j'ai trouvé grâce devant toi, assieds-toi quelque. temps sous ma tente et bénis-moi, moi qui suis ton serviteur ". Et l'ange lui dit : " Ne te dis pas mon serviteur mais mon compagnon ; car nous sommes les serviteurs d'un même maître. Ma nourriture est invisible, et ma boisson ne peut pas être aperçue par les mortels. Et c'est pourquoi tu ne dois pas me demander que j'entre sous ta tente ; mais ce que tu voulais me donner, offre le en holocauste à Dieu ". Alors Joachim prit un agneau sans tache et dit à l'ange : " Je n'aurais pas osé offrir un holocauste à Dieu si ton ordre ne m'avait pas donné le pouvoir de sacrifier ". Et l'ange lui dit : " Moi de mon côté je ne t'inviterais pas à offrir un sacrifice, si je ne connaissais la volonté du Seigneur ". Or il arriva que, tandis que Joachim offrait son sacrifice à Dieu, en même temps que l'odeur du sacrifice et pour ainsi dire avec la fumée, l'ange s'éleva vers le ciel.

4. Alors Joachim tomba la face contre terre, et il resta prosterné depuis la sixième heure du jour jusqu'au soir. Or à leur arrivée, ses serviteurs et ses journaliers, ignorant ce qui s'était passé, s'effrayèrent, pensant qu'il voulait se tuer ; ils s'approchèrent de lui et le relevèrent avec peine. Lorsqu'il leur eut raconté ce qu'il avait vu, ils furent frappés d'une grande frayeur et d'admiration, et ils l'exhortèrent à exécuter sans retard l'ordre de l'ange et à retourner promptement auprès de sa femme. Et tandis que Joachim examinait dans son esprit s'il devait retourner, il arriva qu'il fut pris de sommeil et voici que l'ange qui lui était apparu quand il était éveillé lui apparut encore, pendant qu'il dormait, disant : "Je suis l'ange que Dieu t'a donné pour gardien ; descends en toute sécurité et retourne auprès d'Anne, parce que les ouvres de charité que toi et ta femme vous avez faites ont été proclamées en présence du Très-Haut, et il vous a été donné une postérité telle que jamais ni les prophètes ni les saints n'en ont eu depuis le commencement et qu'ils n'en auront jamais". Et lorsque Joachim se fut réveillé de son sommeil, il appela auprès de lui les gardiens de ses troupeaux et il leur fit connaître son songe. Et ils adorèrent le Seigneur et ils dirent à Joachim : "Prends garde de résister davantage à l'ange du Seigneur ; mais lève-toi ; partons, et allons lentement tout en faisant battre les troupeaux ".

5. Comme ils étaient en route depuis trente jours et que déjà ils approchaient, un ange du Seigneur apparut à Anne en prière, lui disant : " Va à la Porte d'Or, comme on l'appelle, au-devant de ton époux, parce qu'il doit revenir aujourd'hui ". Et elle s'en fut en hâte avec ses servantes, et elle se mit à prier debout tout près de la porte. Et tandis qu'elle attendait depuis longtemps déjà et qu'elle se lassait de cette longue attente, levant les yeux, elle vit Joachim qui s'avançait avec les troupeaux. Et Anne courut se jeter à son cou, rendant grâces à Dieu et disant : " j'étais veuve et voici que je ne le suis plus ; j'étais stérile et voilà que j'ai conçu ". Et il y eut une grande joie parmi ses voisins et tous ceux qui la connaissaient, et toute la terre d'Israël la félicita de cette gloire.

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