Masaccio : La Viege, l'Efant et Sainte Anne
CHAPITRE IV
Or après neuf mois accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Et lorsqu'elle l'eut sevrée la troisième année, Joachim et sa femme Anne s'en allèrent ensemble au temple du Seigneur, et, tout en offrant des victimes au Seigneur, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui passaient le jour et la nuit à louer Dieu. Puisqu'elle eut été placée devant le temple du Seigneur, elle gravit les quinze marches en courant, sans regarder en arrière, et sans demander ses parents, ainsi que le font d'ordinaire les enfants. Et ce fait frappa tout le monde d'étonnement, au point que les prêtres du temple eux-mêmes étaient dans l'admiration.
CHAPITRE V Alors Anne, remplie de l'Esprit-Saint, dit en présence de tous : " Le Seigneur, le Dieu des armées, s'est souvenu de sa parole, et il a gratifié son peuple de sa visite bénie, afin d'humilier les nations qui se dressaient contre nous et de tourner leurs cours vers lui ; il a ouvert ses oreilles à nos prières et il a éloigné de nous les insultes de nos ennemis. Celle qui était stérile est devenue mère, et elle a engendré la joie et l'allégresse dans le peuple d'Israël. Voici que je pourrai offrir des présents au Seigneur, et mes ennemis ne pourront pas m'en empêcher. Que le Seigneur tourne leurs coeur vers moi, et qu'il me donne une joie éternelle ".
CHAPITRE VI.
1. Or Marie faisait l'admiration de tout le peuple. A l'âge de trois ans, elle marchait d'un pas si sûr, elle parlait si parfaitement et mettait tant d'ardeur à louer Dieu, qu'on l'aurait prise non pour une jeune enfant, mais pour une grande personne, et elle pouvait rester en prières comme si elle avait eu trente ans. Et son visage resplendissait comme la neige, au point que l'on pouvait à peine y attacher les regards. Elle s'appliquait au travail de la laine, et tout ce que les femmes âgées ne pouvaient faire elle était, dans un âge si tendre, en état de le faire.2. Elle s'était imposé la règle suivante ; depuis le matin jusqu'à la troisième heure, elle restait en prières ; depuis la troisième heure jusqu'à la neuvième, elle s'occupant à tisser ; mais, à partir de la neuvième heure, elle ne cessait de prier jusqu'au moment où l'ange du Seigneur lui apparaissait, elle recevait sa nourriture de sa main, et elle s'entendait de mieux en mieux à louer Dieu. Enfin, avec les jeunes elles plus âgées, elle s'instruisait si bien dans les louanges de Dieu, qu'on n'en trouvait aucune qui fût plus exacte aux veilles, plus instruite qu'elle dans la sagesse de la loi de Dieu, plus remplie d'humilité, plus habile à chanter les cantiques de David plus gracieuse dans sa charité, plus pure dans sa chasteté, plus parfaite en toute vertu. Car elle était constante, inébranlable, persévérante et chaque jour elle faisait des progrès dans le bien.
3. Nul ne la vit jamais en colère, nul ne l'entendit jamais dire du mal. Toutes ses paroles étaient si pleines de grâce que l'on reconnaissait la présence de Dieu sur ses lèvres. Toujours elle était occupée à prier ou à méditer la loi, et elle se préoccupait de ses compagnes, veillant à ce qu'aucune d'entre elles ne péchât même en une seule parole, à ce qu'aucune n'élevât la voix en riant, ou ne cherchât à s'élever en faisant tort à une compagne ou en la dédaignant. Elle bénissait Dieu sans cesse ; et pour ne pas être distraite des louanges de Dieu en saluant, lorsque quelqu'un la saluait, elle répondait en guise de salut : "Grâces soient rendues à Dieu". C'est de là qu'est venu pour les hommes l'usage de répondre : "Grâces soient rendues à Dieu", quand ils se saluent. Elle ne prenait chaque jour comme aliment que la nourriture qu'elle recevait elle-même de la main de l'ange ; quant à celle que lui donnaient les prêtres, elle la distribuait aux pauvres. Souvent on voyait des anges s'entretenir avec elle, et ils lui obéissaient avec la plus grande affection. Et si quelque infirme parvenait à la toucher, à l'instant même il retournait chez lui guéri.