NOTRE-DAME DE FONT-ROMEU

 

"L'Invention" de Notre-Dame. - La statue de Notre-Dame de Font-Romeu avait été sans doute ensevelie au IXème siècle par des chrétiens fuyant devant les Maures, parmi les contreforts du massif de Carlitte.

Un bouvier la découvrit, auprès d'une fontaine, à une époque indéterminée, fin du XIème siècle, disent certains historiens, commencement du XIIème supposent d'autres auteurs. D'après la tradition, c'est l'étrange manège d'un taureau qui attira l'attention du bouvier d'Odeillo faisant paître son bétail sur les versants ou les pasquiers de la forêt de la Calme.

La découverte de la statue de la Sainte-Vierge mit la paroisse d'Odeillo dans l'allégresse et la population vint à procession la chercher. Dès lors, le culte de Notre-Dame devait rapidement se développer. Le lieu de la Calme, où avait été faite la merveilleuse trouvaille, reçut,en langue du terroir, le catalan, le nom de "Fount-Romeu" signifie la Fontaine du pèlerin.

La Solana et la Baga, partie haute et partie basse de la Cerdagne, vite au courant de la découverte, formèrent des pèlerinages et voulurent construire un sanctuaire pour y déposer la statue : oratoire d'abord bien modeste et si exigu que les paroisses, groupées par trois ou quatre, choisirent des dates fixes pour accomplir leurs pèlerinage afin d'éviter la trop grande affluence en un même jour. De cette division vient la coutume des apechs, réunions de mai, juin et septembre, qui amènent de si nombreux fidèles à Notre-Dame de Font-Romeu.

Statue et fontaine miraculeuses. - La statue, dite de l'Invention, est toute de bois doré, haute de 66 centimètres, et porte l'Enfant sur ses genoux. Sculptée selon le type traditionnel des catacombes, elle a eu sans doute le visage noir à l'origine, mais on s'est efforcé de lui redonner depuis la couleur blanche de la peau.
Chose curieuse, la paroisse d'Odeillo conserve une seconde statue, la Madone d'Odeillo, peut-être plus ancienne que la première, et s'en rapprochant beaucoup par le dessin. Une troisième image, enfin est substituée à la Vierge de l'Invention, lorsque celle-ci, selon l'ancienne coutume de sécurité, est rapporté chaque année, le 2 juillet, à la paroisse.

Que la Madone d'Odeillo soit une copie de la statue de l'Invention ou qu'elle soit au contraire un original, il n'en est pas moins certain qu'au sanctuaire de Font-Romeu s'obtiennent des grâces. Les ex-voto en témoignent, qui garnissent en nombre incalculable les murs de la chapelle. Ils sont ces ex-voto, d'un pittoresque extrême : béquille, tableaux, chevelures de femmes et d'enfants, pieds ou mains de cire modelée. Tous correspondent à une guérison obtenue, soit par la prière seule, soit par l'immersion dans l'eau glacée de la piscine.

C'était en effet la coutume des anciens pèlerins de se plonger à neuf reprises dans la fontaine qu'encastrent les murs du sanctuaire ou dans la piscine avoisinante. Tels les trois frères Escape qui, atteints de rougeole en 1542, entrèrent dans la piscine, malgré l'interdiction du médecin, et en sortirent guéris. Tel encore ce perclus de la Seu d'Urgel qui, à la neuvième immersion, retrouva l'usage de ses membres.
Plus récemment, les guérisons de Mlle Larrieu, paralysée de la moelle épinière, en 1852, ou de l'abbé Pagny, atteint d'une extinction de voix par affection de poitrine et qui retrouva la voix en disant la messe, sont d'admirables exemples de l'intervention de Notre-Dame de Font-Romeu.
A lire les ex-voto, on constate la reconnaissance des soldats de Crimée pour la protection obtenue. Un député espagnol, le général Pino est venu, lui aussi, en 1862, remercier la Vierge de l'avoir sauvé à Tétouan. Le curé d'Odeillo, enfin, M. Raymond, a été miraculeusement protégé alors qu'il roulait dans un précipice avec son ami M. Le Boy, directeur des douanes.

Le sanctuaire. - Pour contenir les fidèles qu'attiraient les faits merveilleux de Font-Romeu, le premier sanctuaire fut rapidement trop étroit : il ne comprenait qu'un autel, sous une voûte épaisse, haute à peine de 4 à 5 mètres.
Les premiers travaux d'agrandissement commencèrent en 1678. Les chapelles latérales de saint Jean-Baptiste et de saint Joseph sortirent de terre en 1685 et 1686. Mais la première construction, élevée à peu de frais, manquait de solidité : il fallut, en 1741, l'étayer de contreforts, dont la maçonnerie massive revint à 813 francs 18 sous 5 deniers.

L'édifice se ressent des transformations successives, par son manque de plan et ses différences de niveau. Le Camaril, qui s'élève sur l'emplacement de l'ancien oratoire, est une petite chambre carrée de 4 mètres de coté ; son plafond est à lanterne octogone et aveugle. La conception de cette salle et son ornementation sont dues à Joseph Sunyer, un sculpteur catalan, auteur également d'un beau retable et de différentes sculptures où l'Invention de Notre-Dame est représentée avec une imagination fougueuse.

En 1852 a été élevé le calvaire du Padro. Les blocs de granit, parmi lesquels une image de la Vierge attirait autrefois les pèlerins sur la terre de Font-Romeu, ont en effet été disposés en calvaire ; une pente y conduit, moins rude que les gradins où les fidèles de jadis meurtrissaient leurs genoux. C'est du Padro, anciennement nommé la Tosca, que l'on domine les deux Cerdagnes.

Pèlerinages d'antan. - Ce cadre grandiose convenait aux pèlerinages des temps passés qui, aux manifestations de la piété la plus ardente, joignaient un aspect hautement pittoresque, hélas disparu de nos jours.

Aux dates les plus fréquentées de Font-Romeu, le 2 juillet et le 8 septembre, les gens du Roussillon, aux coutumes variés, les catalans coiffés de rouge, les habitants de Cerdagne aux habits de velours arrivaient sur leurs chevaux caparaçonnés. Les femmes, sur des mules à scelles de franges, arboraient qui le foulard de soie, qui le capulet, qui la coiffe ou le ruban. Tout ce monde, ayant fait ses dévotions, se répandait sur les pentes montagneuses pour prendre un repas, en plein air, formant des centaines et jusqu'à des milliers de groupes bruyant sur le gazon, les rocs et les chemins.

Les processions s'animaient du chant des goigs ou louanges à la Vierge, dont la tradition n'est pas perdue, et du son des jugclars, instruments qu'on entend de fort loin.

On sait qu'en 1926, à l'occasion du couronnement de Notre-Dame de Font-Romeu, de belles fêtes religieuses et artistiques se sont déroulées autour du sanctuaire.

 Pèlerinage de nos jours. - Chaque année, le 8 septembre, Font Romeu devient un lieu de pèlerinage très fréquenté par les chrétiens. C'est une des procession les plus importantes de la région. A 300 m de l'Ermitage se situe le Calvaire.

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Bibliographie : Almanach Catholique Français pour 1927